Le contexte
En hiver 2024, l'association La Repousse a organisé un chantier participatif de plantation de haies bocagères en Meuse. Cent personnes réunies, 20 000 arbres, dix-huit kilomètres de haies plantées chez Lucas et Thierry, père et fils agriculteurs sur la ferme Terres de Bon Sens. Un chantier d'une ampleur inédite dans le Grand Est.
J'y suis allé pour couvrir l'événement. J'en suis reparti avec un film.
Ce que j'y ai vu tient autant à la plantation qu'aux gens qui plantent. Des chasseuses et des véganes, des agriculteurs et des militantes écologistes, des naturalistes, des demandeurs d'asile qui ne parlent pas français, de tous âges et de tous coins de la société, réunis les mains dans la même terre. Dans un pays où l'agriculture est un sujet de fracture, ce chantier montre qu'on peut faire face à l'urgence climatique ensemble, malgré nos divergences.

Le parti pris
Un film à mi-chemin entre deux sujets qui n'en font qu'un sur place : le rôle des haies bocagères, et la nécessité de refaire collectif. Les haies portent une histoire longue. Arrachées massivement au moment du remembrement, elles reviennent aujourd'hui comme réservoir de biodiversité, protection contre l'érosion des sols, régulation du cycle de l'eau, abri pour les animaux d'élevage. Le consensus est là, et les agriculteur·ices qui veulent replanter se retrouvent souvent seul·es devant la charge de travail.
Le film ne fait la leçon à personne et ne cherche pas de coupable. Il suit les gens : les agriculteurs qui ont demandé le chantier, la pépinière qui fournit les plants, la chambre d'agriculture de la Meuse, l'association qui en fait un chantier participatif, et les bénévoles. Le propos passe par elles et eux, sans commentaire en voix off.

Le dispositif
Un tournage en continu, du petit-déjeuner jusqu'aux soirées, sur un chantier de cent personnes réparties en groupes mobiles. La difficulté de ce type de tournage est de tenir en même temps le suivi d'action et l'entretien. Il fallait circuler entre les groupes, repérer qui porterait le récit, filmer le travail pendant qu'il se faisait, et trouver le moment où quelqu'un avait réellement le temps de parler. Les interviews se font dehors, en plein champ, avec le vent et le bruit du chantier autour. Personne sur place ne fait de la communication son métier : ce sont des agriculteurs et des bénévoles au travail, et c'est à la caméra de s'adapter à leur rythme.
Côté matériel, un Sony Alpha 7 IV et un Sony ZV-E1, avec un Sony 16-35 mm f/2.8, un Sony 24-105 mm f/4 et un Sigma 150-600 mm pour les oiseaux et les plans lointains. Un stabilisateur DJI Ronin RS3 pour suivre le travail en mouvement, un drone DJI Mavic 3 Pro pour les vues d'ensemble du chantier. Côté son, un canon Sennheiser MKH416 sur enregistreur Zoom F3 pour le son de terrain, et des micros-cravates DJI Mic pour les interviews. En plein champ, le son décide si un entretien sera utilisable ou non : je tourne toujours au casque, et j'y fais autant attention qu'à l'image.

La post-production
La post-production est le poste sur lequel ce film m'a fait progresser, et celui que j'apporte aujourd'hui aux projets longs. Je m'y étais déjà entraîné sur Captain Darwin, dont les tournages demandaient de s'adapter vite et d'identifier les leviers du récit en direct, sur le terrain.
Peu de motion design ici, le sujet n'en demandait pas. Étalonnage sur DaVinci Resolve.
Ce que ça a donné
Un documentaire de quarante minutes, réalisé, tourné, monté et étalonné seul. Le film est visible ici, et la bande-annonce là.
Il a été projeté dans une dizaine d'endroits : des bars, des cinémas, à une classe de collège, et des projections privées plus intimistes. L'association s'en sert pour se présenter aux bénévoles, à celles et ceux qui la financent et aux entreprises qui la soutiennent. En février 2026, La Repousse a organisé un deuxième chantier-festival, en Bretagne, avec cent cinquante bénévoles, dont je faisais partie.


