Le contexte
Captain Darwin est une expédition à la voile sur l'itinéraire du voyage de Charles Darwin. La question de départ tient en une phrase : deux cents ans après, qu'est-ce qui a changé dans les lieux qu'il a décrits ? L'ensemble des tournages a été mené dans la perspective d'un ou plusieurs documentaires en format long, de webdocs sur YouTube, de contenus pour les réseaux sociaux et de reportages photo, et sûrement d'autres formats encore.
J'ai fait trois expéditions à bord, de sept, six et trois mois, entre 2022 et 2025. J'y étais chef opérateur image et son, pilote de drone, photographe, monteur, coloriste et motion designer. En pratique, j'ai produit l'essentiel des images du projet sur cette période. Sur la fin, je travaillais presque comme co-réalisateur avec Victor Rault, le réalisateur et fondateur du projet, qui m'a formé avec dix ans de documentaire derrière lui.

Le parti pris
Chaque sujet part d'un document d'époque, un passage des carnets de Darwin ou une peinture de Conrad Martens. On se rend sur les lieux et on compare avec ce qu'on y trouve aujourd'hui. Le propos passe par les gens rencontrés sur place : scientifiques, acteurs et actrices de la conservation, habitant·es qui connaissent leur territoire.
Aux Malouines, le réchauffement des océans et son effet sur les colonies de manchots. En Patagonie, le recul des glaciers. En Terre de Feu, la rencontre avec les Yagans, qui portent les traces de la colonisation européenne. Aux Galápagos, deux mois aux côtés d'un programme scientifique sur les iguanes marins, pour mesurer l'impact d'El Niño, et plus largement du réchauffement climatique, sur leurs populations. En Polynésie, le corail Porites rus et l'état du récif corallien. Sur chacun de ces sujets, j'ai suivi les scientifiques ou des acteur·ices de la conservation pendant leurs relevés et recueilli leurs témoignages au fil de la mission. Ce type de tournage m'a appris à prendre part à l'action et à l'expliquer par le cadrage et le son, tout en gardant assez de distance pour qu'elle se déroule sans être dérangée.

Le dispositif
J'ai filmé et photographié tous les jours, pendant des mois, dans des conditions qui ne permettaient presque jamais de refaire une prise.
Image. J'ai commencé au Fujifilm X-T4, qui a pris l'eau, puis travaillé sur le Panasonic Lumix GH5 de l'expédition avant de passer sur Sony Alpha 7 IV et Sony ZV-E1. En optiques, un Sony 16-35 mm f/2.8, un Sony 24-105 mm f/4 et un Sigma 150-600 mm pour les sujets animaliers et les cadres d'interview exigeants. Un stabilisateur DJI Ronin RS3 pour suivre en mouvement. Le drone est un DJI Mavic 3 Pro, utilisé autant pour les plans larges de situation que pour des cadres au téléobjectif.
Son. Un Sennheiser MKH416 sur enregistreur Zoom F3, monté sur ma caméra, pour le son de terrain, et des micros-cravates DJI Mic pour les interviews. Le bateau, le vent et les enregistrements en pleine nature imposaient une exigence permanente. Je tourne toujours au casque, et sur un tournage où la parole compte, je fais passer le son avant l'image : une image imparfaite se rattrape, une interview inaudible est perdue.
Gestion des données. J'en avais la responsabilité. Plusieurs caméras, le drone, des GoPro et des téléphones produisaient de la matière en parallèle, sans connexion pendant des semaines. Chaque fichier est doublé sur deux disques, renommé avec sa date, son format et sa caméra, et rangé dans une arborescence structurée par date et par source. Aucune image perdue en trois ans.

La post-production
J'ai monté sur Premiere Pro au début du projet, puis sur DaVinci Resolve, et traité les photos sur Lightroom. Le rythme variait du tout au tout : un reel monté et publié le jour même, l'édition d'une série photo pour une publication du jour, et à l'autre bout des documentaires de cinquante minutes pour le programme pédagogique.
Étalonnage. J'ai étalonné les films comme les photos. Le travail porte sur la couleur, la profondeur et le contraste.
Motion design. Animation de texte et d'éléments graphiques au service du récit, graphiques de données scientifiques, formes et icônes pour la vulgarisation. Surtout, un travail approfondi sur l'animation de cartes : trajets du bateau, recul d'un glacier vu du satellite, progression de la déforestation, et des cartes d'époque animées dans lesquelles on se déplace en trois dimensions.
Langues. J'ai monté des reportages en français, en anglais, en espagnol et en portugais. Parmi eux, deux films tournés au Brésil sur lesquels je n'étais pas présent : un sur les paresseux et la déforestation, un autre sur le peuple pataxó, dont les terres sont grignotées par l'industrie et qui replante des essences locales pour leur résilience.
Ce que ça a donné
Plus de vingt reels montés pour Captain Darwin, qui cumulent plusieurs millions de vues. Les plus vus racontent l'échouement du bateau en Patagonie, aux portes du glacier Marinelli. À côté, dix reportages de cinq à cinquante minutes : les manchots et la tonte des moutons aux Malouines, les navigations vers Mar del Plata, Puerto Deseado et les Malouines, les cormorans à pieds rouges, les deux films brésiliens, et le plus long, un film de cinquante minutes sur les Galápagos, en cours de finalisation.
Côté photo, plus d'un millier d'images éditées, et plus de cinq cents retenues et publiées. Une partie a servi à une exposition en grand format, en partenariat avec la fondation SNCF. Une bonne part de ces contenus est disponible sur le Vimeo de Captain Darwin, et le compte Instagram @capt.darwin en donne également un bon aperçu. Pour juger du montage et de l'étalonnage sur un film entier et visible, regardez La Haie Messagère, le film que j'ai réalisé pendant un chantier participatif de plantation de haie bocagère avec l'association La Repousse.

Ce que ce projet a changé dans ma façon de travailler
Trois ans à filmer sans filet ont fixé mes priorités : le son avant l'image, la rigueur sur les données, et une narration dynamique, réfléchie en amont, adaptée sur le terrain. Je cherche aujourd'hui à mettre la caméra, la photo, le montage et le motion design au service de projets qui, comme celui-ci, font comprendre le vivant. Le programme pédagogique de l'association en est l'exemple le plus direct.
Le programme pédagogique, et ce que les images y deviennent
Captain Darwin est une association d'intérêt général basée à Concarneau, qui développe ses programmes scolaires en partenariat avec la Région académique de Bretagne. Les images tournées à bord servent aussi de matière première à deux programmes, suivis par des classes toute l'année.
Dans ces programmes de sensibilisation et de renaturation, les élèves partent de l'expédition autour du monde pour découvrir les espèces qui vivent près de chez eux. L'idée est de vivre au pas de sa porte l'émerveillement qu'on éprouve à des milliers de kilomètres, et l'envie de protéger qui va avec.



